Vous êtes ici

Outils : share

Share

Chancre coloré : pourquoi la commune doit-elle faire abattre certains platanes

Suite à l'inspection du 24 juin 2020 par un agent assermenté de la FREDON, un nouveau foyer a été détecté au jardin d'enfant, Boulevard Victor Hugo. L'arrêté ministériel du 22 décembre 2015 impose à tous une lutte obligatoire contre le chancre coloré sur l'ensemble du territoire. Par conséquent, à partir du 11 janvier, la commune est dans l'obligation de faire abattre des arbres avec pour date butoir le 21 janvier 2021. Pour mieux comprendre pourquoi certains platanes de notre commune sont abattus, retrouvez les interviews de l'expert de la Fredon et de Julie CROIN, Adjointe déléguée aux affaires juridiques, à l'urbanisme et à l'environnement :

Interview

Pour mieux comprendre le chancre coloré : un expert vous répond :

Interview de Philippe TIXIER-MALICORNE, Directeur et expert à la FREDON Occitanie (Fédération Régionale de Défense contre les Organismes Nuisibles)

Monsieur TIXIER-MALICORNE, vous êtes expert à la FREDON Occitanie, pouvez-vous expliquer ce qu’est le chancre coloré ? Quels sont les symptômes ? Cette maladie touche-t-elle tous les arbres ?

Le chancre coloré est une maladie grave et incurable qui touche uniquement les platanes et décime les arbres en bonne santé dans un intervalle de temps entre 3 et 7 ans. Le champignon responsable de cette maladie est appelé Ceratocystis platani.

A l’échelle de l’arbre, l’alerte est donnée par un dépérissement très localisé. Celui-ci concerne les parties de l’arbre qui ne sont plus alimentées, et peut se limiter à une charpentière.

Le diagnostic est confirmé au niveau du bois (tronc-branches maîtresses) où l’on observe des lésions qui correspondent aux zones de nécroses. Les colorations de ces plages sont de couleur bleues-violacées correspondant à une plage brune sous écorce. Ces colorations bleutées ont la forme de flamme et peuvent être très diffuses. Elles sont davantage visibles sur bois mouillé. Un platane affecté par le chancre coloré ne perd pas son écorce. Celle-ci se craque en forme de “puzzle” et reste adhérente au tronc.

De quelle manière ce champignon se propage-t-il ? Peut-on éradiquer ce parasite et existe-t-il à ce jour un moyen de guérir un arbre contaminé ?

L’homme est l’un des principaux vecteurs de propagation par les différentes activités qu’il réalise sur ou auprès des platanes. Les intervenants transmettent la maladie par l’intermédiaire de leurs engins et matériels contaminés (épareuse, véhicules divers): tailles, élagage, interventions sur le système racinaire lors des travaux de BTP …

La nature peut aussi propager la contamination : vent, eau, rongeurs, par anastomose (les platanes ont la particularité de souder leurs racines entre eux. Ces soudures permettent à la maladie de se répandre d’un arbre à l’autre tout au long d’un alignement) 

Ce champignon est classé parasite de lutte obligatoire et contamine un arbre tout entier dès lors que ce dernier a été infecté. Ce qui signifie qu’il n’existe pas de moyen de lutte efficace ni de prévention. A ce jour aucun traitement n’est homologué.

 Peut-on alors dire que ce pathogène « tue » littéralement les arbres infectés ?

Le champignon a besoin de bois vivant pour se développer. Il peut pénétrer à l’intérieur de l’arbre par micro-blessures. Ensuite il progresse en hauteur dans l’arbre par le système vasculaire, et se propage au cœur du bois par l’intermédiaire des rayons médullaires.

 La contamination se fait par l’intermédiaire d’une plaie mais également à travers les soudures qui s’opèrent entre les racines des arbres voisins. Le champignon s’installe dans les vaisseaux du bois où il se nourrit de la sève et obstrue ainsi ces canaux. Ceux-ci n’assurent plus leur rôle d’alimentation, l’arbre s’assèche et meurt.

Toute introduction de cellules contaminées dans un platane sain que ça soit par une plaie de taille, une section de racine, une blessure minime de l’écorce provoque une infection qui va tuer l’arbre.

Emotionnellement, l’abattage des arbres est un crève-cœur pour certains habitants. Les communes peuvent-elles échapper à leur obligation d’abattre les arbres contaminés et sains potentiellement touchés?

L’arrêté impose à tous une obligation de lutte contre cette maladie. Aujourd’hui, la seule solution en cas de détection d’un foyer est l’abattage systématique du ou des arbres contaminés et des arbres dans un périmètre de 35 m imposé avec préconisation dans un périmètre de 50 m, ainsi que la destruction sur site par des agents agréés afin d’éviter la propagation de cette maladie. Ce dernier cas est de l’abattage préventif.

Retrouvez l’interview de Monsieur Tixier-Malicorne en vidéo sur la page Facebook de la Ville.

En direct avec votre élue :

Julie CROIN, Adjointe Déléguée aux affaires juridiques à l’urbanisme et à l’environnement, aux associations en lien avec sa délégation.

A quel moment avez-vous eu connaissance de la décision irrévocable d’abattage des arbres du jardin d’enfant ?

Quelques mois après l’élection, courant du mois de septembre. Le planning d’abattage obligatoire des platanes au jardin d’enfants a été programmé pour être effectif au plus tard pour le 21 janvier 2021. Nos techniciens en charge du dossier nous ont conseillé d’attendre que les sujets soient en « repos végétatif » .

Quelle a été votre réaction ? Avez-vous compris et soutenu cette décision en premier lieu ?

J’étais très déçue et en colère. En étant positionnée sur la délégation de l’environnement, j’ai une certaine sensibilité qui n’était pas en accord avec cette décision imposant à la commune l’abattage de plusieurs arbres. Je ne comprenais pas cette procédure commandant non seulement l’abattage d’arbres contaminés sans tenter de les soigner auparavant, et encore moins l’abattage obligatoire d’arbres sains dans un rayon de 35 m. Cela a été très difficile d’accepter de devoir procéder à l’abattage de la totalité des arbres du jardin d’enfants.

Que pouvez-vous dire aux citoyens qui ne comprennent pas que plusieurs arbres soient à nouveau abattus?

J’ai eu le même sentiment que l’ensemble de nos concitoyens. Un sentiment d’injustice et d’incompréhension quant à cette procédure obligatoire drastique dictée par les organismes. Mais avant de faire appliquer cette décision, il nous fallait comprendre. Il était en effet impensable de ne pas faire nos recherches en parallèle pour trouver d’autres solutions potentielles pour sauver nos arbres. En complément, nous nous sommes rapprochés des organismes compétents tels que la FREDON qui nous accompagnent dans nos démarches. Nos découvertes nous ont évidemment amenées à un constat sans appel.

M. TIXIER nous explique les modes de propagation de la maladie, et prend des exemples concrets du quotidien favorisant la transmission. Nous pouvons faire le constat que chacun à un rôle à jouer. En tant qu’adjointe à l’environnement et porte-parole de votre équipe sur le sujet, qu’allez-vous mettre en place sur la commune pour sensibiliser la population ?

La protection de l’environnement est l’affaire de tous. Notre rôle en tant qu’élus est d’entendre et accompagner nos concitoyens. Pour cela nous souhaitons déployer différentes actions pédagogiques et préventives visant à informer et faire participer tous les habitants. Des manifestations autour de la protection environnementale, un guide et astuces en sont quelques exemples tout en favorisant les partenariats avec les compétences des services de la CCPL.

Sensibiliser les enfants dès le plus jeune âge par exemple est fondamental car ils sont des vecteurs essentiels auprès de leurs familles dans l’application des gestes du quotidien. Des programmes en collaboration avec les écoles seront établis.

La Ville avait planifié des réunions publiques dont une prévue au mois de novembre. Mais les mesures sanitaires nous ont contraint à annuler. Les élus souhaitent remettre en place plus régulièrement des réunions publiques en y associant des experts afin d’informer les marsillarguois. En favorisant la démocratie participative nous voulons proposer des solutions en concertation avec les citoyens eux aussi acteurs de l’évolution de notre ville de demain.

La commune s’engage également après des acteurs du territoire qui doivent aussi être sensibilisés. Par exemple les manades et la fédération de Courses camarguaises ont un rôle majeur à jouer auprès des intervenants (les arènes sont entourées de platanes).

Votre équipe place en priorité la transition énergétique au cœur du développement de la commune qui est un axe important de votre programme électoral. Quelle est votre vision et comment allez-vous répondre à cette problématique sur le mandat ?

Construire notre ville de demain commence aujourd’hui. Mais cela ne peut se faire sur un mandat de six ans. Il s’agit bien là d’un projet à long terme :

Un élagage régulier des arbres est prévu.
Dans le cadre de l’opération proposée par le Département de l’Hérault, 50 arbres d’essences différentes vont être replantés sur la commune pour favoriser la biodiversité.
Un programme de recensement du patrimoine arboré va être mis en place
Nous allons revoir la végétalisation de la ville dans le respect du patrimoine : étude de sols, replantation d’essences différentes, investissement sur le long terme
Les entreprises qui doivent intervenir sur la commune vont être informées de la mise en place d’un cahier des charges à respecter. A terme l’objectif est la création d’un véritable plan de gestion.